SOUVENONS-NOUS DES RÉBELLIONS KWILU ET DES SIMBAS

Il y a 66 ans le peuple Congolais arrachait par sa longue et héroïque résistance sa libération nationale de l’emprise coloniale belge qui durait depuis 75 ans. 66 ans après la libération du Congo du colonialisme belge nous commémorons le combat des révolutionnaires et du peuple congolais qui dès le lendemain de l’indépendence formelle ont combattu par les armes le néocolonialisme belge et étatsunien.

Entre 1884 et 1885, la bourgeoisie impérialiste européenne à Berlin, qui colonisait déjà la majorité du globe, s’est « départagée » le continent Africain pour imposer par le feu et le sang son insertion au sein du jeune système capitaliste. Pour continuer la mise en esclavage des peuples africains, piller et extraire les ressources naturelles de leurs terres ainsi que mettre en place les structures contemporaines de l’économie mondiale et sa division internationale du travail profondément inégale, en faveur des pays capitalistes du Nord Global. C’est dans ce contexte que Léopold 2, le ‘Roi de Belgique’ manoeuvra auprès des autres puissances européennes, avec le soutien de la grande industrie belge, pour s’accaparer, par la violence le territoire, de l’actuel Congo. En 1885, le Congo devient officiellement la propriété de Léopold 2. En contrepartie, ce dernier doit assurer un « libre marché » aux autres puissances européennes sur le territoire congolais.
En 1908, l’État belge annexe le Congo.

La mise en esclavage et au travail forcé des peuples noirs et le pillage des ressources pour les bénéfices des capitalistes européens a été imposé dans l’exercice systématique d’une violence coloniale et raciale industrialisée. Cette violence a été étayée
idéologiquement par le suprémacisme blanc, la négrophobie et la déshumanisation des personnes noires. Des millions de personnes congolaises, une partie significative de la population totale du Congo, ont été exterminées et mises à mort par l’État colonial belge. Et lorsqu’elles n’étaient pas tuées, elles étaient mutilées lors du travail forcé, violées, expropriées, quotidiennement humiliées pour les intérêts des bourgeoisies impérialistes belges et européennes. Ce n’est que les décennies et siècles ponctués de résistance des peuples au Congo qui ont su imposer une première défaite à l’impérialisme en 1960. La bourgeoisie belge a été poussée par le mouvement de libération nationale dirigé par Patrice Émery Lumumba, a organisé des élections parlementaire à l’issue desquelles Lumumba a été élu premier ministre.

Lumumba et ses camarades avaient clairement identifié que le mouvement de libération du Congo devait conquérir sa libération et ne pouvait la mendier, et qu’il n’y aurait pas d’indépendance politique sans indépendance économique, et pas d’indépendance économique sans possession des moyens de productions. Un constat qui a fait de la Révolution Congolaise et de Lumumba un des ennemis principal de l’impérialisme occidental, ennemis des qui il fallait impérativement se « débarasser » et ordonner la « disparition ».

Mais cette défaite du colonialisme s’est en réalité suivie de nouvelles agressions et tentatives de dominations impérialistes. En témoigne le mot d’ordre que le tortionnaire et général de la Force Publique, Emile Janssens, a donné aux soldats de l’armée coloniale belge au lendemain de l’indépendance : « Avant la colonisation = après la colonisation. » La Belgique et les États-Unis, déterminés à continuer à surexploiter et exproprier le Congo, ont produit et soutenu des sécessions sein de la bourgeoisie congolaise menant à des trahisons du mouvement d’indépendance dirigé par Lumumba et à son assassinat, ainsi que celui de Maurice Mpolo et de Joseph Okito.

« Aucun Congolais digne de ce nom ne bourra jamais oublier que l’indépendance du Congo a été conquise par la lutte une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons épargné ni notre force ni notre sang. »
Patrice Lumumba, lors de la cérémonie de proclamation de l’independance du Congo à Léopoldville, le 30 juin 1960.

Quelques jours après l’indépendance, l’État colonial belge déploie 10 000 militaires au Congo pour attaquer la Révolution Congolaise et remettre le peuple congolais sous le joug du colonialisme, au travers des sécessions de sa bourgeoisie au Katanga ainsi qu’au Sud-Kasaï et de l’élimination des figures du mouvement de l’indépendance. La guerre coloniale déclenchée par la Belgique et la trahison d’une partie de la classe dirigeante congolaise au service de l’impérialisme et de leur enrichissement direct, va pousser les forces révolutionnaires, notamment du Parti Solidaire Africain (PSA), a développer une nouvelle stratégie et a identifier clairement la bourgeoisie congolaise comme un allié des impérialistes et un ennemi des congolais.es.

Pierre Mulele est un dirigeant révolutionnaire marxiste congolais et panafricain; il était un fervent Lumumbiste, ministre de l’Éducation du premier gouvernement congolais et membre du PSA. Après l’agression impérialiste à la suite de l’indépendance, Mulele avait été se former auprès de différents mouvements révolutionnaires dans le monde, notamment en Égypte et en Chine, où il apprit la stratégie militaire.

L’éducation révolutionnaire et décoloniale, la libération des femmes au sein de la révolution et la connexion des forces révolutionnaires aux masses congolaises, ont articulé le projet révolutionnaire de la rebéllion Kwilu, du nom de la province d’où elle s’organisait. Après la nouvelle offensive néocoloniale, la trahison et l’assassinat de Lumumba, Pierre Mulele et Théodore Bengila ont organisé la résistance armée contre le nouveau pouvoir pour poursuivre le combat pour la libération ainsi que pour mener une révolution sociale.

« Le Blanc vole nos richesses. Les impérialistes sont comme les moustiques. Vous avez travaillé et peiné toute la journée. Avec votre argent, vous mangez pour vous procurer du sang qui est nécessaire pour vivre. Alors, les moustiques viennent et ils sucent votre sang, et ils ne laissent plus une seule goutte dans votre corps. Ils deviennent très gras. Mais, dites-moi, est-ce que c’est eux qui ont travaillé ? » Pierre Mulele, Leçons sur les classes sociales, 1963.

Pierre Mulele et ses camarades avaient appelé les forces de la libération à quitter la capitale, et son parlementarisme manifestement corrompu, pour rentrer chez eux dans les campagnes afin de préparer la futur lutte armée :

« Il faut se préparer à déclencher un soulèvement populaire dans toutes les régions du pays. »

Durant les années 1960, ils créèrent une grande armée révolutionnaire de partisan.es et ont dirigé la rébellion Kwilu, à l’Ouest du pays, libérant entre 1963 et 1965 de grandes zones du territoire congolais. Parallèlement et en collaboration, d’autres révolutionnaires menaient également la lutte armée pour la libération au Nord-Est du Congo, la rébellion Simba pour la libération et une révolution sociale. La rébellion Simba a notamment été soutenue et rejointe par Che Guevara et une centaine de combattants révolutionnaires cubains en 1965.

Comme Lumumba et ses ministres, Pierre Mulele et Théodore Bengila ont été sauvagement assassinés, le 3 octobre 1968, par le régime de Mobutu. Comme Lumumba, Mulele et Bengila ont été torturés dans une horreur indescriptible, peut-être dans l’objectif de détruire la puissance du projet porté par ses figures révolutionnaires. Il n’en est rien. 66 ans après l’indépendance du Congo, 58 après l’assassinat de Mulele et Bengila, la justesse de leur combat, la puissance de leurs analyses et de leur héritage restent inchangés. Aujourd’hui, les peuples et le territoire de la République Démocratique du Congo restent la proie des pires prédations du capitalisme racial et extractiviste.

Les ressources naturelles du Congo, notamment ses terres et métaux rares, sont une pierre angulaire du développement industriel du capitalisme contemporain et de la technologie. La RDC produit environ 80 % du cobalt mondial. Le pays est également le premier producteur mondial de tantale, un métal issu du coltan indispensable aux smartphones et aux ordinateurs. Les principaux acteurs de cette exploitation sont les entreprises chinoises China Molybdenum (CMOC), Zijin Mining et Sicomines, la multinationale suisse Glencore et la société canadienne Ivanhoe Mines. Les minerais extraits alimentent ensuite les chaînes
d’approvisionnement de multinationales américaines comme Apple, Tesla, Microsoft et Dell Technologies, ainsi que de la multinationale sud-coréenne Samsung Electronics. L’Union européenne dépend de ces matières premières pour ses industries de haute technologie et sa transition énergétique et crée l’infrastructure légale pour cela. Ainsi, l’instabilité politique et économique, la guerre, la violence et la destruction de la société congolaise sont volontairement entretenues par les puissances impérialistes et les grandes entreprises pour faciliter le vol de ses ressources.

66 ans après la libération, la mise à mort du peuple congolais et son exploitation pour l’enrichissement des pays impérialistes ainsi que le pillage des terres congolaises ne se fait toujours pas sans résistance et révoltes. En janvier 2025, des révoltes ont éclaté à Kinshasa suite aux attaques du milice M23 et l’ambassade belge, des États-Unis, de la France et des Pays-Bas ont été directement ciblées.

Ce pillage et cette surexploitation néocoloniale continue de bénéficier aux États capitalistes du Nord Global, notamment à la Belgique, qui conserve scandaleusement une série de filiations coloniales au Congo, comme Umicore (ex-Union Minière du Haut Katanga), Solvay, et Carmeuse. Et c’est ici que nous devons les attaquer et les combattre. Cela doit être la responsabilité des révolutionnaires luttant en Belgique. Comme il est de notre reponsabilité de combattre en particulier aux côtés de la diaspora congolaise dans la poursuite de la décolonisation au Congo et en Belgique, ainsi que des autres communautés racialisées par l’État belge; le racisme structurel, les rafles à Matonge, les violences d’État et l’exploitation.

Pour conclure, rappelons cette anecdote de la vie de Mulele à l’approche de sa mort. Alors qu’il était emmené à Kinshasa, l’endroit où il sera plus tard assassiné il a déclaré à un ami qui l’invitait à fuir pour sa vie :

« Je ne suis pas allé à Brazzaville pour arriver à Kinshasa. Il y a eu un changement là-bas et cela m’a amené ici. Il y a trois choses: la naissance, la vie et la mort. J’ai fait tout ce que je pouvais, j’ai semé les bonnes graines, elles ne sont pas tombées sur les rochers mais dans la bonne terre. J’attends maintenant mon dernier jour. »

Souvenons nous de la lutte de libération menée par Lumumba, Mulele, souvenons-nous des rébellions Kwilu et des Simbas.
Honorons leur combat en le continuant.

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