
Aujourd’hui nous commémorons la Nakba qui a commencée 15 mai 1948, au cours de laquelle au moins 750 000 Palestinien•nes ont été expulsé•es et exproprié•es de la Palestine, 15 000 massacré•es, par le mouvement sioniste, qui avait déclaré son indépendance vis‑à‑vis de l’Empire britannique la veille et avait annoncé son intention de coloniser la Palestine des décennies plus tôt.
En réalité, le mouvement sioniste avait commencé à implanter une colonie de peuplement en Palestine à la fin du siècle précédent, et les événements de 1948 lui ont permis de créer un État colonial en Palestine occupée et ainsi de pratiquer un long processus de génocide contre le peuple palestinien. Non seulement avec le soutien de l’Empire britannique, des élites européennes fortunées des États arabes complices de la région, mais aussi via « le droit international » et le soutien actif de l’ONU.
La Nakba se poursuit depuis 78 ans ; elle ne s’est jamais arrêtée. C’est le processus d’extermination du peuple palestinien et d’effacement de la Palestine, par les descendant.es d’une partie de la grande bourgeoisie éuropéenne, qui a établi une administration coloniale sur l’ensemble du territoire palestinien, avec des degrés d’hégémonie variables selon les différentes parties. L’étendue du contrôle coloniale sur la Palestine, qu’il soit « légal » ou seulement militaire, ne doit pas faire oublier que l’intention de l’État sioniste est d’occuper l’intégralité de la Palestine historique et de nettoyer ethniquement chaque centimètre carré de son territoire. Si l’occupation sioniste a échoué à le faire, c’est parce que la vaillante résistance du peuple palestinien l’en a empêchée et continue de le faire depuis le début de la colonisation.
La Nakba a toujours coexisté avec la résistance palestinienne, qui n’a pas émergé lors du nettoyage ethnique de 1948 mais bien avant. Les émeutes de 1929 à Jérusalem, la grève générale de 1936 et la campagne de guérilla de 1937–1939 en témoignent. En 1947–1948, les Palestinien•nes et leurs alliés ont opposé une résistance héroïque malgré l’assaut militaire sioniste armé par l’impérialisme occidental ; ils et elles n’étaient pas de simples victimes de l’histoire, mais bien des résistant•es.
Génération après génération, le peuple palestinien a montré une résistance implacable contre les forces d’occupation occidentales et sionistes, rendant sa lutte connue à travers le monde et s’appuyant sur la solidarité internationale pour approfondir ce combat. À mesure que les États‑Unis sont devenus le sponsor officiel du sionisme et de l’impérialisme occidental en général, la résistance palestinienne a également tiré profit de l’infamie de son ennemi et a gagné en soutien international en incarnant un pôle infatigable de résistance contre l’une des menaces les plus perfides à la dignité humaine depuis l’origine du capitalisme : l’empire états-unien. Par la malléabilité tactique et la détermination collective, la résistance palestinienne a perduré parce qu’elle a toujours été spirituellement plus forte que l’ennemi sioniste, même si elle est objectivement plus faible économiquement et logistiquement.
Depuis le déluge d’Al‑Aqsa du 7 octobre 2023, la mobilisation mondiale pour arrêter le génocide du peuple palestinien et l’intifada étudiante ont été comparée par des activistes et observateur.ices au climat politique de la fin des années 1960, au cœur de la soi‑disant « Guerre froide ». Ce terme est un abus car le monde avait été embrasé tout au long des années 1960, ce qui a engendré ce climat de résistance et les germes des luttes révolutionnaires qui ont hérité des leçons des mouvements anticoloniaux en Afrique, des luttes contre les dictatures militaires en Amérique du
Sud et en Europe du Sud, de la victoire de la Révolution cubaine, du renouveau de la résistance républicaine en Irlande et de la victoire finale des guérillas vietnamiennes contre le colonialisme français et l’impérialisme américain — mouvements qui ont mobilisé étudiant.es et travailleur.euses dans le monde entier en manifestations, occupations et émeutes.
De manière cruciale, la fin des années 1960 a aussi marqué le début d’une période d’action révolutionnaire d’internationalistes venus du Liban, d’Allemagne, d’Irlande, d’Algérie, d’Italie, de Turquie, d’Iran, d’Oman, d’Érythrée, d’Arménie, du Kurdistan, des États‑Unis, du Japon, du Sri Lanka, du Nicaragua et de bien d’autres, en soutien explicite à la cause palestinienne.
Le drapeau du peuple palestinien est finalement devenu un symbole permanent de lutte continue contre l’impérialisme, des jungles de la guérilla philippine au mouvement aborigène en Australie jusqu’aux protestations qui ont submergé la place Tahrir lors de la révolution égyptienne.
Là où la comparaison de notre proximité historique avec l’époque d’internationalisme révolutionnaire des années 60s et 70s est insuffisante, c’est que trop d’entre nous se sont contentés de trouver du réconfort dans une forme de nostalgie pour cette période, laissant l’urgence de la question se cristalliser en une politique de défi et un humanitarisme militant plutôt qu’en une participation active à l’action révolutionnaire. Cependant, là où la comparaison est pertinente, c’est peut‑être que, dans les deux cas, nous n’avons pas su répondre à l’appel de la résistance palestinienne pour libérer la Palestine, du fleuve à la mer.
Mais, à l’instar de nos camarades internationalistes d’il y a des décennies, il est nécessaire de passer du soutien actif à la résistance à la participation à celle‑ci. Il ne suffit pas d’adopter une position de soutien verbal à la résistance ; nous devons passer à l’action révolutionnaire, d’autant plus en sachant que l’ennemi du peuple palestinien opère dans notre environnement, via l’appareil économique de Palantir, FN Herstal, Amazon, McDonald’s et Carrefour, et bien d’autres.
En ce jour de la Nakba nous rappelons à nos camarades ici le fait simple que la Nakba continue encore aujourd’hui, et qu’elle a muté en une guerre génocidaire non seulement contre les Palestiniens mais aussi contre leurs alliés régionaux. Une résistance idéologique à cette guerre génocidaire est insuffisante.
Il n’y a pas de victoire sans offensive.
Reconstruisons un mouvement populaire et révolutionnaire pour la libération de la Palestine !
Une lutte continue, un drapeau, un peuple, génération après génération jusqu’à la libération.